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Sketching - les supports et les outils

Sunday, January 28, 2024

Bonjour,
voici quelques idées que j'ai mises en pratique ces dernières semaines pour une activité de sketching et qui pourraient peut être vous intéresser.

1. Le support

classeur Wonderpool pour une 20aine d'euros (Amazon)
Pendant des années j'ai utilisé des cahiers ou des carnets pour dessiner ou peindre. Dernièrement j'ai même utilisé de vieux livres trouvés dans la rue.
Puis, je me suis dit, pourquoi ne pas utiliser un classeur ?
En fait, ça m'est venu parce que je voulais m'astreindre à un dessin minimum par jour et qu'un bon moyen était de dessiner un autoportrait ou un modèle imaginaire avec la tenue portée ce jour là. ça permettait du même coup d'être créatif dans sa façon de s'habiller, et de trouver rapidement une tenue à mettre le jour où on n'était pas inspiré.
On essayait des combinaisons de vêtements et on créait une fiche par tenue. c'est justement ce principe de fiche qui m'a orienté vers les classeurs.
Jamais je n'aurais pensé à des fiches dans un classeur pour stocker des dessins. Pour moi, le classeur c'était réservé à l'administratif et pas à l'artistique. Mais il y a plusieurs années, il y a dix ans même (comme le temps passe) j'ai écrit cet article qui parle un peu du concept de Codex
pour certains le codex est l'ancêtre du livre,
pour moi, c'est plus l'ancêtre du classeur

Le codex, c'est pour certain l'ancêtre du livre : des feuillets cousus ensemble et qui ont l'avantage de pouvoir être détachés, réarrangés et recousus. Toutes les feuilles de recherches de Léonard de Vinci, les fameuses feuilles avec l'écriture à l'envers, les dessins d'anatomie, les machines du futur, étaient réunies en codex. Certains de ces codex sont précieusement gardés, un est dans une cave coffre fort à Milan, Bill Gates en avait acheté un et organisait des expositions itinérantes régulières pour le mettre à portée du public.
Pour certain c'est l'ancêtre du livre car il suffit de rajouter une couverture et un sommaire et on a un livre.
Toute réflexion faite de mon côté, je trouve, que justement, ça se rapproche plus du classeur, car, rien ne dit que le codex était voué à rester figé et à devenir un livre.

Donc ce n'est pas tout à fait idiot du coup d'utiliser un classeur avec des fiches pour dessiner. ça permet de ne pas garder les dessins ratés sans être obligé d'arracher une page, et de pouvoir réorganiser les dessins comme on veut, par date, par thèmes, par ordre de réussite, par technique employée, par lieu, etc. et ce à volonté. On peut aussi détacher un dessin particulièrement réussi pour l'encadrer.
Bref le classeur a de multiples avantage sur le carnet ou le cahier.
En plus avec un du type de celui que j'ai trouvé sur Amazon pour une somme modique, vous pouvez mettre un peu de matériel à dessin.

2. Les outils / le matériel

Justement, venons en aux outils. Voici ce que j'utilise :
  1. Aquarelle
    Pour coloriser vos dessins après avoir dessiné au feutre ou au fusain. On peut aussi choisir de n'utiliser que l'aquarelle mais ça rend pas toujours très bien une fois numérisé si on veut mettre les dessins en ligne.

  2. Pinceau kuretake
    Indispenable pour ne pas avoir à se trimballer un récipient d'eau ou de devoir demander un verre d'eau en plus dans un café.

  3. Crayons de couleurs. Comme pour l'aquarelle, pour coloriser ou tout dessiner. Comme l'aquarelle aussi, ça ne rend pas toujours très bien une fois numérisé. ça reste pâle à moins de jouer sur le contraste et la saturation avec les outils numériques. Les crayons graphite dit "crayon de papier" présente le même problème. Difficile de rendre la beauté du dessin sur Internet.

  4. Feutres. Je vous conseille les Pitt Faber Castell car ils sont à base d'encre de chine et l'encre ne se dissout pas, ne bave pas si on peint à l'aquarelle par dessus. Du coup vous pouvez dessiner à l'encre et peindre à l'aquarelle par dessus sans que l'encre ne se mélange à la peinture, ce qui ruinerait tout le dessin.
    Prenez le feutre pinceau, ça vous fera de belle lignes avec pleins et déliés comme avec une plume et de l'encre. ça fera des traits irréguliers et du coup, ça fera plus "pro".

  5. Les fusains et les craies. Si vous voulez mettre vos dessin sur Internet, banissez le crayon de papier. Une fois numérisé, ça ne rend rien. Très dur de rendre les contrastes d'un dessin au crayon de papier en numérisant le dessin. Soit vous aurez un contraste fort et vous perdrez les détails du dessin, soit vous aurez les détails, mais pas de contraste avec en plus un papier blanc qui fera tout gris sur Internet. C'est pour ça que les pros du dessin sur Insta ou dans les magazines en ligne comme Richard Haines ou Damien Cuypers utilisent soit du fusain, soit des craies sèches ou grasses (qui peuvent aussi coloriser le dessin), soit des feutres pour les contours. Ils utilisent aussi la plume et l'encre de Chine et l'acrylique pour les couleurs mais vous comprendrez que faire des esquisse à l'encre de Chine ou à l'acrylique c'est pas super pratique et attention à vos vêtements et à l'intérieur de vos sacs.

  6. Enfin, un crayon gomme car plus pratique qu'une gomme à ranger dans un classeur du type de celui que j'ai mis en photo et permet aussi une grand précision dans le gommage.

Voici le type de dessin réalisable à l'extérieur avec ce matériel.
Dessin au feutre fin pour les contours plus aquarelle appliquée au pinceau kuretake, plus rehauts pour les carreaux du pantalon et de la veste aux crayons de couleurs.

Première photo, après numérisation (scanner ou photo) sans les retouches numériques (sauf le recadrage), brut de photo quoi.

Deuxième photo après retouches numériques avec des outils comme Goole photo, Adobe Photoshop, Windows Photos, Gimp3, Lunapic, etc, (filtres ou manuelle : netteté, teinte, chaleur, tons de peau, tons de bleus, saturation, points noirs, ombres, points blancs, hautes lumières, contraste, brillance et détourage). Oui, je sais, c'est tout un art la retouche numérique et il faut en plus anticiper en dessinant d'une façon particulière et en utilisant des outils particuliers comme je viens de l'expliquer.


Je ferai un article là-dessus bientôt qui explique comment Internet a changé la façon de dessiner et les outils utilisés par les illustrateurs.

Travail de l'esquisse sur le vif

Thursday, January 25, 2024

J'ai toujours eu en moi l'envie de dessiner aussi rapidement qu'on peut prendre une photo. C'était déjà présent dans le sumi-è chez les japonais. Trois coups de pinceaux et tout était dit. Pas étonnant qu'ils soient devenus dingues de photos, c'était déjà dans leur culture le cliché instantané, bien avant l'invention de la photo.
L'encre de chine au pinceau c'est sympa, mais c'est pas pratique à utiliser partout (encombrant, danger...taches), alors un bon vieux fusain et puis il y a ceux de General's pour lesquesls on peut dénuder la mine en tirant sur un fil.

Je me souviens en avoir eu un dans mes crayons pendant des années, et là, impossible de le retrouver. Je l'ai utilisé quelques fois, il faisait un noir profond car il est cireux comme du pastel gras, je ne sais plus ce que j'en ai fait. Il y en a au Géant des Beaux Arts, ou sur Amazon. C'est plus du pastel gras que du fusain du coup.

A gauche c'est un dessin de Richard Haines qui utilise ces crayons, et qui est devenu un dessinateur de mode super célèbre juste en faisant des croquis hyper rapides de tout et n'importe quoi, surtout des gens croisés dans la rue, les cafés.
Il a commencé un blog là dessus vers 2010 (What I saw today), et ses croquis ont plu, maintenant il a arrêté ce blog et facebook et il n'est plus que sur Insta. Ce qui est drôle au passage, c'est que je crois avoir compris qu'il a fait ça par désoeuvrement au début, il n'avait plus de travail, plus d'argent, et il s'est mis à aller dessiner dans les cafés, en a fait un blog puis est devenu célèbre. Chouette histoire.
on ne travaille plus seulement le dessin,
on travaille aussi beaucoup le regard
Donc lui, c'est l'exemple type du gars qui dessine plus vite que son ombre et qui m'a fait comprendre qu'une esquisse rapide peut être très complète et très esthétique.
D'ailleurs, grâce à lui, puisqu'il a repris des dessins de Watteau, j'ai appris que watteau était le Richard Haines du 17ème siècle. Il avait toujours ses deux craies à la main, puisqu'il est l'inventeur du deux crayons, et il n'arrêtait pas de dessiner tout ce qu'il voyait ce qui fait qu'on a des centaines, des milliers peut être, de dessins de Watteau.
Le pire, c'est que j'ai bien reconnu Martin Luther King dans le gribouilli de la première image (il a publié ça eu moment de "Black life matters"). Je sais pas comment fait Haines pour qu'on reconnaisse une célébrité en 3 coups de crayons et sans que ça fasse caricature, que ça reste un beau dessin sérieux et expressioniste, mais j'aimerais bien acquérir cette capacité moi aussi.
Tout l'art du truc est de rendre l'esprrit et de bien sélectionner ce qu'on va montrer et ce qu'on va laisser de côté. ça parait simple mais faut un talent de dingue pour savoir faire ça. Là on ne travaille plus seulement sur le dessin, on travaille aussi beaucoup le regard.


C'est super ludique parce qu'on joue, par exemple, à refaire plussieurs fois le même dessin mais sans que ça soit laborieux et épuisant puisque chaque tentative dure quelques minutes. ça rejoint l'expérience de la prise de clichés avec le téléphone où on va après coup se poser la question de quelle photo on garde et pourquoi. C'est un travail sur son sens esthétique, son goût. Et ça change au fil des semaines des mois et des années.
on se remet à dessiner comme un gosse,
avec cette joie enfantine qu'on croyait perdue,
5 minutes, 10 minutes sur un dessin
et on passe au suivant

C'est peut être pour ça qu'au fond, ce n'est pas loin de l'univers de la mode. Ce n'est pas loin de l'univers de la déco non plus parce qu'on peut encadrer ces croquis, en faire un art minimaliste et changer la déco tous les mois.
Dans le même style, on a un français devenu super célèbre à New York, Damien Cuypers. Vous aurez noté la présence d'Anna Wintour (Le diable s'habille en Prada) dans la première image.

Je travaille là-dessus moi aussi en ce moment.
pas évident d'appliquer
le "less is more" en dessin
Ces derniers jours, inspiré par le travail de Haines, j'ai travaillé au fusain et à l'acrylique sur une photo de Visconti. J'en ai fait deux épreuves.


Dans la première épreuve, j'aime le style graphique léger, aéré, mais j'ai raté la ressemblance avec le modèle et l'attitude est ratée aussi : Visconti n'est pas assez avachi sur son fauteuil en toile de réalisateur.

Dans la deuxième épreuve, la ressemblance est là, l'attitude aussi, ainsi que le sérieux, le côté expressioniste du dessin qui correspond à l'esprit de la photo, mais j'ai trop travaillé : la veste a trop de détails, du coup, elle est trop sombre, le personage ne se détache pas assez du fond, j'ai perdu tout le côté grafitti intéressant de la première esquisse. C'est dur de ne pas trop en faire, d'apprendre le "less is more" en dessin surtout quand on a appris à dessiner et travaillé pendant des heures le dessin académique.

j'ai aussi, trop mis de peinture pour le fond ou trop dilué la peinture, du coup, j'ai perdu l'effet coup de brosse intéressant de la première épreuve. J'ai aussi oublié l'ombre du cou qui était intéressante dans la première épreuve.

J'ai refait le même exercice avec une photo de Françoise Hardy.


Dans la première épreuve, je trouve qu'il y a ressemblance même si ça fait un peu caricature et que l'orientation des yeux est ratée (le strabisme, c'est Dalida, pas Françoise Hardy, enfin l'oeil à droite sur le dessin est trop haut) et les proportions et l'orientation du corps, c'est pas ça non plus. Le corps n'est pas assez vu sur le côté comme c'est le cas sur la photo, seins trop bas, cou trop long, épaules trop étroites. Bref, ce n'est plus le magnifique corps de Françoise Hardy.
Pull raté, trop figé. Par contre, jean très réussi, l'attitude de la marche est là, fluidité et très peu de lignes. Le jean, c'est un franc succès, exactement ce que je cherche à faire. Pareil pour le bras en l'air, bien suggéré avec peu de traits.

Dans la deuxième épreuve, j'ai perdu la ressemblance du visage et la spontanéîté du dessin du visage. Le corps et l'attitude sont là. Dessin déjà trop académique. ça ne fait plus esquisse, ça fait dessin d'art au fusain. ça fait trop "fusain" justement. Dans le premier dessin on ne se demande même pas avec quoi c'est fait, on est juste emporté par le côté esquissse, le côté frais et un peu maladroit.
Là, je n'étais plus dans la joie enfantine de l'esquisse, j'ai dû travailler longtemps pour trouver l'attitude juste. Du coup, trop fatigué pour dessiner les personages en arrière plan et qui donnent beaucoup de charme au premier dessin. Par contre j'aime beaucoup ce que j'ai fait sur le pull. Il tombe très bien on retrouve l'esprit du petit pull court années soixante. J'aime aussi beaucoup le port de tête en l'air et sur le côté comme sur la photo, bien rendu avec les yeux sur le côté et dans le vague. ça c'est une réussite. On retrouve le caractère, l'attitude. Par contre, dessin trop dessiné, ce n'est plus une esquisse, on a perdu la fraîcheur et la spontanéité d'une esquisse.

Dans la dernière épreuve, j'ai enfin quelque chose d'aéré et de léger qui correspond à ce que je voulais. Entre temps il m'aura fallu faire un troisième dessin encore trop surchargé et ne respectant pas l'attitude du modèle, et un quatrième plus aéré.

Finalement, j'aime bien le premier dessin. Il est un peu maladroit mais il est spontané, frais.


Conclusion:
il est très difficile de travailler léger et vite et de choper l'esprit du modèle du premier coup, et si on retravaille, on risque de perdre le côté léger, spontané du début.
Donc, l'esquisse, le sketching, est vraiment un art, un art à part entière, et sa maîtrise ne vient qu'après une longue pratique. Il faut s'entrainer assidûment et ne pas faire que dessiner. Entre chaque dessin, il faut se poser et analyser. Tirer les conclusions de son travail. Ce faisant, on travaille le regard.

Tragédie - Olivier Dubois

Monday, April 16, 2018

J'ai commencé cette toile aujourd'hui. C'est une photo tirée du spectacle d'Olivier Dubois : Tragédie. Ce moment où cette femme est par terre, prostrée, et va se relever subitement.
Comme toujours, je commence la toile eux feutres Pitt Faber Castell, sepia, sanguine et noir, du "Trois Crayons" moderne en quelque sorte.
J'ai été un peu plus loin que d'habitude dans le fini de ce dessin. J'aime dessiner aux feutres sur une toile, même si les feutres doivent souvent être jetés au bout d'une seule toile.

after Degas

Friday, March 30, 2018

Fin mars 2018, je me suis appliqué à reproduire ce premier dessin de Degas. Je sais déjà que j'en travaillerai d'autres.
D'abord, il fallait respecter l'esprit. Il fallait que ça "sonne" Degas. Dès que j'ai compris son système de lignes verticales plus ou moins sombres, le dessin s'est mis à ressembler à un Degas. Ensuite j'ai trouvé dans cet exercice beaucoup des traits de génie du peintre.
Rien de tel que de copier un grand maître de la période impressionniste pour apprendre à se lâcher, à transmettre de la réalité une ambiance, des formes et des lumières, et ne plus s'attacher à la stricte imitation de la nature.
La composition, les lignes, les courbes aussi. Comment styliser, simplifier le réel, tout en faisant naître une harmonie de lignes et de courbes.
Dans cet exercice de prise en compte de la composition, du style, de la simplification, j'ai compris aussi comment Degas et ses contemporains annonçaient Gauguin, Cézanne et Picasso.
Enfin et surtout, la lumière. Chez Degas, souvent, la lumière crie, se matérialise. Degas, se battant avec sa cécité et mettant toute la lumière qu'il ne voyait pas dans ses dessins et dans ses toiles ! Comment aurait il pu résister aux nuages blancs et lumineux de ces tutus, s'agitant, courant, tourbillonnant. Degas, cet amoureux de la lumière qui le fuyait, ne pouvait pas ne pas peindre la danse.

Comment dessiner comme Michel-Ange ?

Sunday, January 24, 2016


Bien sûr on a toujours envie de copier les maîtres. C'est inné, tout le monde l'a fait. Les maîtres y compris (même Michel-Ange qui s'en défendait). Mais ça va plus loin que ça. Il y a dans son dessin quelque chose d'unique. Non seulement d'unique, mais d'essentiel. Quelque chose qu'on veut pouvoir s'approprier.
Dans la première partie de cet article, je vais essayer de creuser ce "quelque chose"... essayer de le comprendre. Dans la seconde, j'essaierai de mettre en pratique ce que j'aurais exposé dans la première.

Mais d'abord... quel Michel-Ange ?
 
Celui des années 1510 qui a dessiné les deux œuvres de gauche et qui ont déjà un style différent ?

Sur l'étude de l'Adam de la chapelle Sixtine, le rendu des formes est moins soigné, mais les détails du corps sont plus apparents.
Sur la deuxième étude, faite pour un des Ignudi, le dessin est très fini et le relief est encore renforcé par des rehauts de craie blanche et de craies sombres.


Ou bien celui des années 1525, soit 15 ans plus tard ?
Si on ne savait pas que ces deux œuvres sont de Michel-Ange qui pourrait dire qu'elles sont du même auteur que les deux nus ?
Le style est complètement différent, beaucoup plus doux, beaucoup moins de contrastes, de détails, le trait moins insolent.
Le traitement est beaucoup plus moderne, proche de notre époque. Ça sonne plus 19éme siècle que renaissance.


Je pars du principe complètement subjectif que le Michel-Ange le plus intéressant, c'est le premier. Celui des deux nus, celui de la chapelle Sixtine.
Mais est-ce si subjectif que ça ?
Je vais essayer d'analyser ce qui rend les deux premières oeuvres et celles de la même époque, celles de la chapelle Sixtine si différentes et tellement fascinantes.

Pourquoi la période de la chapelle Sixtine exerce cette fascination ?

Déjà dans ces deux œuvres distantes au pire une année d'intervalle, le focus est mis sur deux axes distincts :
Un modelé digne d'une photo de sculpture pour la première, mais avec des formes plus lisses, plus compactes, un rendu plus brouillon pour la deuxième, mais avec une foison de détails.
Mais ce qui est intéressant justement c'est que malgré tout, ce qui fait la force du dessin de Michel-Ange est présent dans les deux œuvres :

  • Le retour de l'âge d'or
    Je crois que ces dessins sont d'autant plus fascinants aujourd'hui que nous sommes dans un état d'esprit redevenu similaire à celui de l'époque dont il s'inspire : "l'âge d'or d'Athènes".

    C'est à cette époque, sous le règne de Périclès, que sont sculptées les œuvres qui vont inspirer les artistes de la renaissance. La renaissance est née à Florence à l'initiative première des sculpteurs. Vous pouvez écouter ce post-cast de France Culture à ce sujet.
    Cette période de paix et de faste que connaît Athènes est propice à l'émergence de pratiques artistique et sportives :
    Les citoyens ont le loisir de s'adonner à la pratique de la gymnastique qui comme son étymologie l'indique se pratiquait nu. Se développe en parallèle le culte de la beauté du corps musclé de l'athlète et les artistes de l'époque vont produire des œuvres dont le but est d'exprimer la beauté des mouvements harmonieux de ces corps dans la pratique du sport ou de la danse.

    A l'époque de la renaissance, les artistes sont fascinés par la beauté païenne de l'art antique.
    La libérations des mœurs que suscite cet art caractérisera les artistes de l'époque mais l'église qui est leur principal mécène fera en sorte d'exercer la censure nécessaire pour que cette libération des mœurs reste confinée au monde des artistes et soit gardée secrète. Les œuvres elles-mêmes ne seront vraiment jamais impudiques. De nombreux tabous marqueront l'art de la renaissance comme l'interdiction d'exposer la nudité du corps féminin.

    Ce tabou contribuera à produire des figures androgynes puisque les modèles servant à dessiner des corps de femmes seront des hommes et que l'un des artistes les plus connus de cette époque, Léonard de Vinci, féminisera souvent les corps de ses personnages masculins (mais Léonard ne s'ingéniait-il pas à prendre systématiquement l'air du temps à contrepied ?).

    Ainsi les peintures de la renaissance sont exemptes en grande partie de la force subversive qu'auraient voulu y mettre les artistes, mais pas les dessins !
    Les dessins sont des études qui permettent de préparer les peintures et dans les dessins les artistes n'ont pas de tabous à respecter, la censure ne s'applique pas aux dessins. Voilà pourquoi les dessins de la renaissance nous parlent plus que les peintures et pourquoi ce qu'on a envie d'imiter dans l'art de la renaissance, c'est la façon de dessiner et non celle de peindre.
    Il faudra attendre la libération sexuelle pour que l'impudeur de l'art antique et avec lui, celui des dessins de la renaissance, non seulement ne choque plus mais se mette à exercer sur le public une indéniable fascination.

    Comme si l'occident, dont il ne faut pas oublier qu'il est né en Grèce, avait attendu 20 siècles avant de se regarder à nouveau sans rougir.
    A nouveau et depuis peu, l'occident peut reconnaître sans honte que le culte du corps et sa contemplation font partie de sa culture.
    Ainsi la culture de notre époque se caractérise comme celle de la Grèce de Périclès par :

    • Le culte d'un corps mince et musclé.
    • La recherche de l'émotion esthétique que procure la contemplation de la nudité.
    • Le plaisir du spectacle des corps de danseurs ou de sportifs en action.
    • L'exposition des corps au grand air et au soleil.
    Et tout ceci, Michel-Ange l'exprime particulièrement bien dans ses dessins de jeunesse, ceux qui ont permis de préparer les peintures de la chapelle Sixtine.
    Au passage, notez comme la très légère différence de posture du modèle de Michel-Ange avec la courbure du dos et du torse, l'inclinaison du torse vers la gauche rend le dessin beaucoup plus intéressant que la photo.
    On a trop tendance à rendre le dessin, le travail de l'artiste responsable de la cause du succès ou de l'échec de l'oeuvre, mais il ne faut pas oublier qu'une grande partie de l'élégance de la posture du modèle et de sa beauté intrinsèque va considérablement contribuer à rendre l'oeuvre intéressante. Cela fait la transition avec le point suivant : la recherche de la beauté, de l'émotion esthétique, animée par le souhait que la beauté transmise par l'oeuvre soit universellement reconnue.

  • Le corps idéal. A la recherche des formes idéales, de l'harmonie, de la beauté
    En renouant avec l'antiquité la renaissance reprend les recherches artistiques sur les canons de beauté du corps humain. Quel est le corps idéal ? Quelles proportions suscitent une émotion esthétique ?
    Cette recherche des proportions idéales hante les artistes antiques, ceux de la renaissance dont ce grand rival de Michel-Ange : Léonard de Vinci.


    Choisissez des sujets qui vous inspirent. Des sujets qui génèrent en vous un profond sentiment de beauté et d'harmonie parce que ce sont ces sujets qui ont contribué à faire de l'art de la renaissance et de l'antiquité ce qu'il sont et qui nous fascinent encore aujourd'hui !

  • Un intérêt scientifique, une curiosité d'anatomiste. Un corps humain, comment c'est fait ?
    Derrière Michel-Ange le sculpteur se cache Michel-Ange l'anatomiste. Si les dessins exposent des muscles très découpés, s'ils paraissent si réalistes c'est parce que Michel-Ange a une très bonne connaissance de l'anatomie.
    Les formes sont non seulement identifiables, mais elles sont aussi cohérentes.
    Nous savons tous inconsciemment parfaitement bien comment est fait le corps humain. Quand on voit une étude de nu de Michel-Ange, en général, rien ne choque. les muscles les os sont bien à leur place.
    C'est d'autant plus admirable que l'auteur prend le maximum de risques en exposant le plus de détails possible.
    Voilà pourquoi face aux dessins de ces corps une forte émotion de reconnaissance nous saisit.

    A ce propos, n'oublions pas que la renaissance est aussi l'époque de l'humanisme. L'humanisme est ce moment dans l'histoire de l'occident où l'homme renouant avec l'antiquité recommence à s'intéresser à lui-même.
    C'est cette force là qu'il y a dans les dessins de Michel-Ange, et des dessins de ses contemporains : au fait un corps humain comment c'est fait ?
    Il y a dans le dessin du corps humain par Michel-Ange un travail de scientifique. Ses études de nus pour la chapelle sixtine sont de véritables ouvrages d'anatomie artistique.
    Ce travail de scientifique, d'anatomiste, est empreint de sincérité, de pureté, d'authenticité. Jamais peut être le dessin du corps humain ne se focalisera à nouveau sur cette question fondamentale : montrer le corps humain tel qu'il est, et rien d'autre.
    C'est cette force là, cet aspect, qui fait de ces dessins, et de cette façon de dessiner, quelques chose qui fascinera toujours. Jamais l'homme n'aura plus l'impression de se contempler dans sa nudité brute que face à une sculpture grecque ou romaine ou certains dessins de la renaissance dont ceux de Michel-Ange pour les figures de la chapelle sixtine.

    Au retour de mon voyage à Florence en septembre 2014, 9 mois après avoir écrit ces phrases je mesure à quelle point elles étaient justes mais j'y apporte une nuance.
    Le fondement de l'art de la renaissance est effectivement cette recherche de réalisme, mais cela n'a pas duré très longtemps. Très vite les dessinateurs et les peintres dont Michel-Ange lui-même se sont mis à enjoliver la réalité apportant une recherche esthétique au dessin et à la peinture. C'est ce qu'on appelle le courant maniériste dont le principal représentant est Pontormo.
    Certains artistes se sont opposés à ce courant et ont continué dans la tradition originelle à perpétuer un plus art réaliste. C'était justement l'objet de l'exposition que j'ai pu voir à Florence aux Uffizi : "pur, simple et naturel".
    A noter, comme le dit Daniel Arasse, qu'on ne peut pas parler de réalisme à la renaissance, l'oeuvre picturale étant avant tout le vecteur de symboles, de messages, et l'art, rhétorique, dans le sens où l'entendait Cicéron.


  • Le génie du dessinateur : Une excellente suggestion des volumes, des formes, une foison de détails.
    Le sujet crève le papier, on a l'impression d'être en face d'une sculpture pour l'un, d'un bas relief pour l'autre. Dans son dessin Michel-Ange reste un sculpteur.
    Ceci est dû aux contrastes entre les zones sombres et lumineuses. D'ailleurs, ces contrastes, ces jeux de lumières sont ceux de l'exposition au soleil. Le dessin de Michel-Ange est gorgé de lumière solaire, plein de santé, estival. L'ambiance de l'été italien est perceptible.
    Ceci est dû aussi à la précision des détails et parce que les modèles le permettent ! Il serait en effet difficile d'obtenir le même résultat avec des modèles moins secs et moins musclés. Avec des modèles dont les muscles n'auraient pas ces formes noueuses.




Dessiner comme Michel-Ange - directions de travail

J'espère que cette analyse aura convaincu ceux qui me liront.
La fascination qu'exerce les oeuvres de Michel-Ange créées à la période de la chapelle Sixtine n'a rien de subjectif. Elle est totalement dans l'air du temps.

Bon, allez on dessine, du concret, assez de théorie..

Oui, je sais, désolé pour ce long interlude, mais tout ceci va servir à étayer les travaux pratiques. Et vous commencez à comprendre quels sont les ingrédients à prendre en compte pour "produire du Michel-Ange"....

Règle numéro 1 : apprendre et respecter l'anatomie

Comme nous l'avons vu, Michel-Ange et les autres dessinateurs de la renaissance sont aussi des anatomistes. Leurs études s'évertuent à montrer avec une grande précision les formes que dessinent sur le corps humain les muslces et les os.

On a beau essayer de dessiner ce que l'on voit, bien souvent on ne parvient pas vraiment à représenter le détail d'un corps si on ne comprend pas ce qui se passe sous la peau, c'est à dire comment s'enchevêtrent les muscles et les os.
C'est un peu dans cet esprit que j'avais écrit ce long article encore inachevé sur l'épaule gauche de la Sibylle Libyque.

Il est surprenant de constater que dans ce domaine la compréhension soit nécessaire à la création artistique. Les bons dessinateurs du corps sont souvent des personnes douées en architecture comme l'était Michel-Ange ou en mécanique comme l'était Léonard de Vinci.
Cela va aussi de pair avec la compréhension de la perspective qui demande des qualité de géomètre. Les lois de la perspective ayant d'ailleurs été découvertes par les artistes de la renaissance.

En bref la connaissance de l'anatomie humaine est un long travail, heureusement, il peut se faire au fil de l'eau à force de pratiquer le dessin de modèles en se focalisant sur les formes et les détails qui sont comme nous allons le voir les autres règles à respecter pour obtenir un travail se rapprochant de celui de Michel-Ange.

Alors on va se pencher sur un atelier et un professeur assez connu sur le Net et qui s'est spécialisé justement sur le dessin classique, je veux parler de Robert Liberace.
Allez visiter ce lien où une participante du stage de Robert, Elizabeth Floyd a fait un compte rendu de l'enseignement.
Vous y trouverez des croquis très intéressants sur les points de repères qui permettent de dessiner un corps nu, sur les formes qui composent un corps humain et la perspective à appliquer aux différentes parties du corps et à son ensemble.
Il y a aussi des croquis détaillés de l'épaule avec le dessin des os, des muscles, des tendons qui montrent comment tout ceci s'enchevêtre. Cela donne une bonne idée du travail à accomplir pour obtenir la connaissance de l'anatomie artistique nécessaire pour travailler le corps humain, les nus, comme le faisait Michel-Ange.





Travaux pratiques et règle numéro 2 - choisir un modèle adapté.

Il est maintenant temps de s'entraîner.
Je collectionne des photos que je trouve sur Internet et qui sont des sujets particulièrement adaptés à un travail qui ressemblerait à celui des dessinateurs de la renaissance, Michel-Ange, Léonard de Vinci, Raphaël, bien sûr, mais aussi d'autres moins connus comme Pontormo ou del Sarto.

Le côté androgyne des femmes convient parfaitement aux dessins de la renaissance, et même les poitrines refaites qui ressemblent à celles qui étaient dessinées à cette époque avec leur forme sphérique.

Comme si les artistes avaient eu une vision de ce à quoi ressembleraient certaines femmes 5 siècles plus tard...

Ces modèles correspondent particulièrement bien à un travail dans le style Michel-Ange :
  • Corps, minces et musclés, évoquant des sculptures antiques
  • Présence de beaucoup de détails (choisir des photos assez grandes pour pouvoir détailler un maximum)
  • Lumières donnant à l'image beaucoup de contrastes. Découpage entre une zone éclairée, très lumineuse et une zone dans l'ombre, très sombre
  • La zone dans l'ombre, très sombre, présente des détails très lumineux qui se détachent particulièrement bien et vice versa, la zone lumineuse présente des détails très sombres qui se détachent parfaitement bien aussi


Modèles








Avoir un modèle adapté, mince et musclé, comprendre et savoir dessiner son anatomie ne suffisent pas pour "sonner" Michel-Ange.
Il est aussi beaucoup question de traitement et de rendu. C'est la partie la plus délicate.
Bien dessiner est déjà difficile en soi, mais maîtriser le traitement, c'est à dire la façon dont on va dessiner, pour obtenir le rendu désiré qui donne au dessin son style, constitue l'étape suivante dans la maîtrise du dessin. A partir de maintenant toutes les règles qui vont suivre s'appliquent au traitement. Cela comprend évidemment le matériel employé pour dessiner.


Règle numéro 3 : Contrastes forts et formes géométriques

Le dessin de Michel-Ange se singularise par la démarcation entre une partie très sombre et une partie très claire. La démarcation entre la zone sombre et la zone claire est d'autant plus tranchée, que le corps humain est souvent représenté par des volumes géométriques aux surfaces planes : cubes, parallélépipèdes. Le bras de cette étude pour la création d'Adamn est très proche d'un parallélépipède :



Quand on dessine d'après un modèle vivant ou une photo, il faut apprendre à ne pas dessiner forcément ce que l'on voit, mais déformer légèrement la réalité pour donner cette impression de formes géométriques et de surfaces planes.

Liberace base souvent ses dessins sur cette opposition entre zone dans l'ombre et zone éclairée comme dans cette esquisse (à gauche). Il l'enseigne à ses élèves comme on le voit dans le dessin réalisé par une de ses élèves, Elizabeth Floyd (à droite).

Pour rendre le dessin d'Elizabeth un peu plus "michelangélien" il faudrait encore plus détailler et en particulier sur les zones complètement noires, faire apparaître des détails très clairs.
Cela peut d'ailleurs constituer un très bon exercice : refaire ce dessin et en essayant de placer quelques détails supplémentaires comme des stries musculaires sur les trapèzes, les côtes et les dentelés sur la partie gauche, et surtout sur la partie droite qui est complètement noire.... Nous reviendrons sur ce point plus tard...


Règle numéro 4 - Structurer le corps humain

Michel-Ange donne une structure au corps de deux façons :

1 - En dissociant les parties du corps humain comme des blocs, s'ajustant les uns aux autres ou s'enfichant les uns dans les autres.

On a souvent l'impression que le corps est un montage comme si les différentes parties avaient étaient assemblées ou comme si le corps était une cuirasse ou une carapace constitué de plaques ajustées les unes sur les autres.



Sur le bras de gauche, l'épaule et le triceps forment une espèce de bloc aux éléments solidaires, et comme plaqué sur le reste du bras. Le reste du bras est traité lui aussi comme un bloc d'une seule pièce.

Même chose pour le bras droit du personnage central. Le muscle deltoïde et le trapèze dans son prolongement ressemblent à une élément de carapace ou de cuirasse plaqué sur le corps.

Le bras gauche est traité complètement différemment. L'avant bras semble être ajusté au haut du bras, et le bras comme enfiché ans le corps.


Ici le tronc semble être un empilement de deux cylindres posés sur le basin.

Les deux bras sont comme enfichés dans le tronc. La façon dont le dessin relie les bras au corps fait plus penser à un dessin de sculpture qu'à un dessin de corps humain.



2 - En signalant certains muscles du corps d'une façon très précise.



Le haut du bras gauche et l'épaule gauche de cette étude pour la sibylle de Libye offrent un dessin méticuleux de la structure osseuse et musculaire. Encore cette impression de cuirasse plaquée sur le corps pour cette épaule.
A contrario, le bras droit est traité comme un bloc d'une seule pièce qui s'ajuste au tronc. Notez que sur les dessins précédents, le muscle deltoïde était dissocié du bras, alors que pour le bras droit de cette étude, il "fait partie" du bras. Pour ce bras, on retrouve des éléments stylistiques de Michel-Ange vus plus haut : démarcation franche entre zone claire et zone sombre, suggestion de formes avec des surfaces planes.




Règle numéro 5 - Faire ressortir les détails


Une autre caractéristique des dessins de Michel-Ange réalisés pour les études de la chapelle sixtine est la profusion de détails et le fait que chaque creux et bosse du corps humain est systématiquement mis en valeur.

En 1510-1511, les dessins de Michel-Ange sont de véritables champs de creux et de bosses ce qui faisait dire à Léonard de Vinci que les nus de Michel-Ange ressemblaient à des sacs de noix.





Règle numéro 6 : Le bon dosage entre lignes et dégradés

Les Lignes (Pontormo)
Dégradés (Léonard de Vinci)

A la renaissance en Italie , pour suggérer une forme en dessin, il y a deux approches,
  • soit en utilisant les lignes,
    • délimitation de la forme par une ligne (ligne de démarcation)
    • série de lignes courbes ne se croisant pas, pour suggérer la forme
    • série de lignes droites ou croisées (hachures) pour jouer sur l'ombre et la lumière afin de suggérer la forme
  • soit grâce à un jeu sur l'ombre et la lumière en faisant des dégradés avec le pigment pour suggérer la forme. Ces dégradés ou fondus peuvent être obtenus soit
    • en estompant du pigment ou des pigments déjà appliqués avec le doigt (attention à la graisse des doigts) ou mieux avec une estompe en papier. Si vous travaillez avec une extrême finesse vous vous mettrez très vite à estomper avec un gros pinceau très doux en poil de putois. Attention, ils sont très chers...
    • en rajoutant un autre pigment par dessus ceux déjà appliqués, par exemple de la craie blanche par dessus du crayon de couleur, de la sanguine, du sépia, de la pierre noire etc.
    • Soit en gommant du pigment présent avec la gomme mie de pain afin de faire apparaître la couleur du papier. En général on fait ça uniquement sur du papier blanc et avec des craies car la gomme mie de pain n'est pas assez puissante pour le crayon de couleur.
  • Personnellement j'utilise les trois techniques, et souvent pour obtenir un bon dégradé je répète l'opération plusieurs fois. un peu de pigment un coup d'estompe, un peu de pigment, hop j'en ai trop mis, un coup de gomme, un coup d'estompe,etc.


La technique du fondu rend le dessin beaucoup plus réaliste, beaucoup plus proche d'une photo, mais les lignes rendent les dessins beaucoup plus suggestifs





En début de carrière, Michel-Ange, Léonard de Vinci utilisent beaucoup les lignes, puis il y a un mélange entre lignes et dégradés.
En vieillissant, l'un et l'autre ne font pratiquement plus que dégrader, fondre les pigments (il y a très peu de lignes). La technique du fondu rend le dessin beaucoup plus réaliste, beaucoup plus proche d'une photo, mais les lignes rendent les dessins beaucoup plus suggestifs.
C'est bien ce qui fait qu'un dessin est souvent beaucoup plus évocateur qu'une photo. Le dessin permet de souligner ce que le dessinateur veut mettre en valeur et ainsi peut renforcer chez le spectateur, les sentiments que le dessinateur veut faire passer : beauté, émotion, force, finesse, érotisme, etc. Et si les lignes rendent le dessin moins réaliste, elles ont l'avantage de le rendre plus suggestif.


Cette évolution des styles est fortement liée à l'histoire de l'utilisation du matériel :

Jusqu'en 1490, pour dessiner, les artistes de la renaissance utilisent des pointes de métal appelées aussi stylets. Ils dessinent avec le stylet sur un support (bois ou parchemin) enduit d'une préparation liquide. La préparation réagit au contact de la pointe de métal, puis s'oxyde en séchant et prend une couleur brune. Ils utilisent aussi la plume. Le dessin est souvent rehaussé à la peinture à l'eau.
Fin du 15ème siècle apparition des pierres et des craies qui offrent de bien meilleures possibilités de dégradé (Cf. Sophie Larochelle) :

Fin 15ème siècle, apparition de la pierre noire. Cependant, jusqu'en 1500 elle est utilisée essentiellement pour faire des esquisses de dessins finalisées ensuite à la pointe de métal ou à la plume. Il faudra attendre le 16ème siècle pour son utilisation exclusive pour un dessin.

A partir de 1490, apparition de la sanguine. L'usage de la sanguine a eu du mal à se répandre parmi les artistes de la renaissance mais elle a gagné petit à petit les ateliers grâce aux meilleures possibilités de dégradés, de fondus. Par contre, son défaut est la difficulté à faire des traits fins, nets et précis... C'est pourquoi les artistes, dont Michel-Ange et Léonard de Vinci, vont souvent utiliser la sanguine combinée à la pointe de métal ou au crayon de couleur.

Le crayon de couleur est lui aussi très présent. Les artistes fabriquent eux-mêmes leurs crayons de couleur (cf. Alexandra Zvereva).
Quand la mine de plomb est arrivée au milieu du 16ème siècle, tout le monde l'a adoptée car elle avait la qualité, et de la sanguine (fondu, dégradé) et du crayon ou du stylet (finesse et précision des traits). Ne pas oublier non plus que le dessin à cette époque n'était pas une fin en soi, mais juste un moyen de faire des études avant de peindre, bien que le dessin commence à prendre de la valeur et que certains cartons préparatoires aux œuvres commencent à être exposés (bataille de Cascina, bataille d'Anghiari)...

Il est donc tout a fait normal de voir dans les premières œuvres de Michel-Ange et de Léonard de Vinci, beaucoup de lignes et peu dégradés (stylet + peinture , plume + peinture, crayons de couleur), puis moins de lignes et beaucoup plus de dégradés (stylet + craies ou craies + crayons de couleur), enfin pratiquement plus de lignes ou lignes extrêmement fines et encore plus de dégradés (craies, crayon de couleur avec beaucoup d'estompe, mine de plomb).
Démonstration :
Regardez la présence simultanée de nombreuses lignes sur ses premiers dessins et leur disparition progressive au profit du fondu ou du dégradé.
Le travail de la lumière est plus élaboré, plus réaliste que chez De Vinci.

1508 - 10 tête de jeune homme
et main droite
détail
1511 Michel-Ange
Sanguine sur dessin au stylet
détail
1511 Michel-Ange
Etude pour la sibylle
de Libye, Sanguine
détail (tête)
1518 - 20 Michel-Ange
étude d'une tête idéale
Sanguine
détail
1528 Michel-Ange
Andrea Quaratesi
Pierre noire
détail
1529 - 30 Michel-Ange
Etude pour la tête de Léda
Crayon de couleur
détail
1533 - 34 Michel-Ange
Tête de
Cléopâtre, pierre
noire, détail



Et maintenant regardez l'évolution du style de Léonard de Vinci.
Lignes et dégradés au début.

1485-7 Etude de tête
de femme
de profil
détail
1487 Etude pour un des apôtres
(la cène) détail
1490 Etude de tête de femme
détail
1501 Léonard de Vinci
étude pour la madone
au fuseau
détail

Puis de moins en moins de lignes et l'obtention d'un réalisme surprenant et surprenamment moderne pour les études de la bataille de l'étendard.
La lumière sur le visage semblera toujours venir de face quelle que soit l'orientation de celui-ci. Ceci va devenir une espèce de marque de fabrique de Léonard cette lumière de face, comme si le personnage regardait un feu de bois de très près. Ça donne une sorte de lumière irréelle, paradisiaque, angélique. C'est certainement celle qui participe à la fascination qu'exerce la Joconde sur les foules...

1504 - 05 Léonard de Vinci
étude de guerrier
pour la bataille de l'étendard
(Anghiari)
détail
1504 - 05 Léonard de Vinci
étude de guerrier
pour la bataille de l'étendard
(Anghiari)
détail
1508 Léonard de Vinci
LaScapigliata détail



1508 Léonard de Vinci
testa di giovinetta détail




1508-12 Léonard de Vinci,
tête de la vierge de trois quart




1510 - 15 Léonard de Vinci
tête de Saint Anne
détail



Pour conclure, les dessins de Michel-Ange que je préfère sont ceux des études de la chapelle Sixtine (1510-1511) car on y trouve ce savant mélange entre lignes et dégradés.

étude pour un jeune homme assis et deux bras (détail) - Michel-Ange - 1510-11 - sanguine rehaussée de blanc sur des traces de stylet - musée Albertina (Vienne)


La présence de lignes de contours renforcées, de lignes de forces dans les études pour les personnages de la chapelle Sixtine, s'explique certainement par le recours à la technique du carton perforé pour la reproduction du dessin sur l'intonaco.









La technique de dessin de Michel-Ange mêle lignes de démarcations, lignes courbes suggérant la forme, lignes droites et hachures jouant sur l'ombre et la lumière, estompe et rehauts à la sanguine ou à la craie blanche.
Si on en croit les indications fournies par les musées sur les oeuvres, il semble que les lignes aient été faites au stylet.

Il ne faut pas oublier que ces études sont réalisées pour peindre ensuite des fresques sur une voûte très haute. Il y a donc,
1 - une volonté de marquer, de souligner les lignes importantes du dessin afin qu'elles puissent être perforées une fois le dessin agrandi au format final sur un carton. Le carton est ensuite appliqué sur l'intonaco (couche de plâtre frais) et on tapote le carton avec de petits sacs remplis de poudre de charbon pour décalquer le dessin sur l'intonaco avant de peindre "à fresque".

2 - une volonté de découper les formes, de faire ressortir les volumes afin que les figures soient particulièrement visibles, qu'elles "crèvent le plafond".


Si vous êtes allé ou si vous allez admirer la voûte de la chapelle Sixtine, vous avez peut être ou vous remarquerez que le contraste dans la peinture des nus masculins (Ingnudi) s'est amplifié au fur et à mesure du travail de Michel-Ange. Les personnages bibliques, quant à eux, sont devenus de plus en plus grands et leur formes de plus en plus structurées.

Pur imiter le style des dessins de Michel-Ange réalisés dans les années 1510, il y a donc une recherche à faire dans le traitement du dessin pour, à la fois, utiliser des lignes de formes et de contours marquées et régulières, et suggérer d'autre part, et en parallèle, les volumes par le recours aux dégradés et aux rehauts.

Obtenir ce rendu avec des craies seulement (sanguine, sépia,etc.), peut être assez difficile à faire au début. Une astuce pour contourner cette difficulté consiste à utiliser conjointement des craies et des crayons de couleur. .

Pour obtenir un rendu vraiment comparable à celui de Michel-Ange dans la copie que je suis train de faire actuellement de sa fameuse étude pour la Sibylle de Libye, j'ai été obligé de recourir au crayon de couleur pour les lignes, la sanguine ne permettant pas d'obtenir des lignes régulières.
Voici un aperçu du travail en cours (seul le visage est finalisé) :






Règle numéro 7 : Le matériel


  1. Cutter et affûtoir pour les craies (sanguine, sépia, blanc)
  2. Crayons sanguine, sépia et blanc
  3. Estompe en papier
  4. Gomme et gomme mie de pain (absente de la photo)
  5. Crayons de couleur et taille crayon


Le papier

Prenez un papier à grains moyens, c'est le papier qu'utilise Michel-Ange dans ses dessins pour les personnages de la chapelle Sixtine, certainement car la sanguine accroche mieux sur ce type de papier.

Vous pouvez acheter du papier teinté ou teindre vous-même votre papier ce qui donnera à la teinture et au papier un aspect ancien, ajoutant un cachet supplémentaire au dessin.
Je teins mon papier à l'aquarelle auquel j'ajoute un jus fait à partir de la poudre de sanguine, de sépia, de pierre noire, de gomme arabique et d'eau.





24 janvier 2016... Au travail....

Je suis parti de cette photo pour arriver à ce résultat :



On peut voir sur mon dessin les règles que nous avons évoquées précédemment :

  • J'ai donné au bras une forme plus géométrique, moins courbe
  • J'ai rendu plus nette la démarcation entre les zones dans l'ombre et les zones éclairées
  • J'ai accentué le découpage musculaire tout en structurant le corps : l'épaule droite du personnage et la zone au dessus des dentelés forment un bloc. Le bras droit semble s'enficher dans l'épaule. Le bras gauche semble être un bloc posé sur le corps.
  • J'ai travaillé en utilisant un maximum de lignes et de hachures et en estompant par endroits. Les lignes de contours m'ont permis d'accentuer le découpage musculaire et de structurer le corps.
  • J'ai travaillé de façon très détaillée, et ai accentué les bosses et les creux en jouant sur l'ombre et la lumière


1er juin 2016... travail sur une nouvelle copie....

J'ai continué mes recherches.
J'ai refait une copie de l'étude pour la Sibylle Libyque et suis assez proche de l'original de Michel-Ange pour ce qui est du rendu. Je pense donc sincèrement que Michel-Ange utilisait des crayons de couleur et des craies sombres pour dessiner ses études pour les personnages de la chapelle Sixtine. Jamais je ne serais parvenu à ce résultat en utilisant seulement des craies ou seulement des crayons de couleur.
consulter l'article complet sur ces recherches.





2 juin 2016... en plus moderne...

Et pour finir, voici un travail plus moderne qui s'inspire de Michel-Ange et de sa technique :

  • Modèle androgyne

  • Mélange de crayon de couleur (Faber Castell polychromos : burnt siena, indian red, venetian red) et de craie sépia (Koh I Noor - Dark Sepia).

  • Contrastes violents évoquant la lumière solaire

  • J'ai travaillé en utilisant un maximum de lignes et de hachures et en estompant tout le dessin pour atténuer les traits de crayon de couleur. Les lignes de contours m'ont permis d'accentuer le découpage musculaire et de structurer le corps. Le crayon de couleur permet de renforcer les lignes.

  • Beaucoup de détails, accents sur les bosses et les creux correspondant aux os et à la musculature.