J'arpente les rues de la capitale depuis des années, et je vois la ville changer, s'embellir, se faire propre, blanche. Je me faufile dans le ruelles désertes, m'arrête sur les places calmes, m'assied aux terrasses de cafés tranquilles. C'est un jeu de piste amusant que de marcher des heures dans la capitale en traversant les endroits qui font la splendeur des lieux tout en évitant la circulation et les rues bondées. Au fil de mes déambulations, des trajets se sont faits jour, qui donnent, de la grande ville une image de la France des provinces, presque bucolique. Paris n'est jamais plus belle que quand elle ressemble à un village.
Rue Daguerre
Longtemps, ces balades ont commencé par la rue Daguerre puisque j'habitais dans le premier tronçon, entièrement piéton. La rue Daguerre est une des plus belles rues de Paris, et une des plus calmes. Seul le premier tronçon est entièrement piéton, mais, dans les faits, cette rue est désertée par les véhicules sur toutes sa longueur. Les automobilistes ont compris qu'elle était le royaume des piétons et l'évitent consciencieusement. C'est donc très agréable de commencer une grande balade dans Paris en remontant la rue.
Au début de la rue, c'est un marché permanent, fruits et légumes, boucheries, poissons et fromages. Le premier café, le Daguerre, fut un de mes repères pendant longtemps. On y a une vue dégagée jusqu'aux grands platanes de l'avenue du Maine qui cachent presque les immeubles modernes et bleutés qui ferment l'horizon.
Ce jour là, un couple de vieux italiens à la table d'en face, la dame porte un joli manteau d'un tissu marron imitant l'astrakan sur lequel tombe une souple chevelure châtain. A droite une famille française. La jeune fille qui semble être à l'honneur, parle beaucoup, et porte un polo à manche longue avec de jolies couleurs. Bleu outremer et vert acide, délavé. Un peu plus loin, une mère et sa fille en grande discussion, et, tout au fond, seule, une belle et mystérieuse jeune femme brune, chevelure sombre et dense, visage à moitié caché par de larges lunettes noires. Les plis de son large blouson de sky brillent sous le soleil matinal.
Les chaises cannelées égaient davantage, encore, cette terrasse. Dossiers oblongues au formes rondes, jaunes luisants et marrons tirant sur l'orange.
Quand on remonte la rue Daguerre et qu'on approche de la rue Gassendi, Il y a de curieuses petites bicoques de bois sur la droite, et à gauche, une boutique de vêtements au toit de zinc biscornu. C'est ce qui fait le charme du quatorzième arrondissement. Ce mélange de maisons d'époques différentes. Certaines, très bourgeoises, très parisiennes, et d'autres, qui devaient être des fabriques. Tout cela s'est consolidé dans une anarchie joyeuse, laissant de grands pans de murs exposer le relief irrégulier de leurs pierres, ou les chaudes couleurs des briques. C'est un des charmes de la rue Daguerre, cette architecture constamment décalée. Le matin, quand il fait beau, La rue Daguerre est face au soleil levant. Aussi, toutes les terrasses des cafés prennent la lumière. Cela permet de prendre le petit déjeuner en extérieur, vêtu d'un simple t-shirt, dès les premiers beaux jours de février. La rue est calme, on peut, entre deux gorgées de café, savourer le goût du croissant en se perdant dans les dessins géométriques des ombres sur les aplats des murs sans fenêtres.
Avenue du Maine
Au bout de la rue Daguerre, on tombe sur une des artères du 14ème arrondissement, l'avenue du Maine. Ah, là, on sait qu'on est à Paris. On ne peut pas se tromper avec la gare Montparnasse et la tour imposante du même nom. C'est large, c'est passant, les immeuble y sont imposants, les trottoirs, larges. Pour rejoindre la rue de la Gaieté, il faut prendre à droite. On traversera la rue Froidevaux et on notera une des entrées discrète sur le cimetière de Montparnasse où reposent bon nombre de français célèbres. Puis, après la rue Froidevaux, on prend à droite et c'est la Gaîté !
Rue de la Gaîté
La rue de la Gaîté sent encore le 19ème siècle avec ses théâtres aux tentures bariolées ou aux devantures de bois peints. On a peu de peine à imaginer les fracs sombres, les chapeaux claques et les robes longues animant la rue le soir tombant pour chercher, rire, distraction ou réflexion. Restaurants succèdent aux théâtres et théâtres aux restaurants, pour, vers Edgar Quinet, se transformer en une enfilade de terrasses animées dès 18 heures, et où l'on boit l'apéritif puis l'on dine. Tous les soirs, dans ce coin là, c'est la fête, toute génération confondue.
Pourtant, en journée, c'est calme, et l'on peut profiter des terrasses désertées pour faire une pause. Cette rue, comme la rue Daguerre, est généralement délaissée par la circulation. L'usage parisien la rend de facto "semi piétonne", ce qui explique que ce soit une rue calme en journée.
Comme la rue est presque orienté nord sud, on a, l'après midi et par beau temps, comme sur le dessin, de beaux effets de lumières pénétrant par les rues perpendiculaires et trouant l'ombre de la rue de couloirs lumineux. Toujours ce découpage surprenant des maisons, laissant apparaitre les vielles pierres calcaires d'immenses pans de mur où se dessine parfois encore les couloirs de cheminées.
Au bout de la rue de la Gaîté, les café-restaurants sont très colorés. Ils se sont mis aux couleurs des devantures des théâtres.
J'aime bien le tournesol qui donne à la fois sur la rue de la Gaîté et l'impasse de la Gaîté avec ses longues rangées de tables dans l'impasse, à l'écart de la rue.
Et toujours, ces architectures de guingois, ces bâtiments hétéroclites, bizarrement accolés, et toujours, les grands pans de murs aux pierres grèges, irrégulières.
Là, quand ce n'est pas le soir, la fête, ça sent encore la province, la campagne.
Et de fait ! Avant la révolution, la rue de la Gaîté était juste aux portes de Paris. Une rue d'un des nombreux villages qui allaient former le 14ème arrondissement et la commune de Montrouge.
Pour faire passer des marchandises à Paris, à cette époque, il fallait payer l'impôt. Alors les cafés, les restaurants, s'étaient installés juste avant ces maudites portes. Les parisiens faisaient le déplacement, se mêlaient aux villageois pour des soirées et des nuits festives. La rue de la Gaîté était née. Et puis, des siècles plus tard, le soir, c'est toujours la fête. Il y a beaucoup d'endroits à Paris qui perpétuent des traditions vieilles de plusieurs siècles. L'ancienne cour des miracles, par exemple, devenue le quartier des Halles, n'est pas toujours très bien fréquentée.
Pour faire passer des marchandises à Paris, à cette époque, il fallait payer l'impôt. Alors les cafés, les restaurants, s'étaient installés juste avant ces maudites portes. Les parisiens faisaient le déplacement, se mêlaient aux villageois pour des soirées et des nuits festives. La rue de la Gaîté était née. Et puis, des siècles plus tard, le soir, c'est toujours la fête. Il y a beaucoup d'endroits à Paris qui perpétuent des traditions vieilles de plusieurs siècles. L'ancienne cour des miracles, par exemple, devenue le quartier des Halles, n'est pas toujours très bien fréquentée.

















